Dans cet article
  1. En bref
  2. Le baguage : une adresse à la patte
  3. Compter sans voir
  4. Ce que l'on sait, ce que l'on ignore
  5. Une espèce suivie aussi par les prélèvements
  6. Participer à la connaissance

En bref

Difficulté
un oiseau nocturne, solitaire, camouflé : très difficile à compter
Méthodes
baguage, comptages nocturnes, suivi par balises, analyse de plumes et d'ailes
Statut mondial
classée en « préoccupation mineure » par l'UICN
Grande inconnue
l'évolution exacte des effectifs et des routes migratoires

Le baguage : une adresse à la patte

Le baguage consiste à poser sur la patte d'un oiseau une bague métallique portant un numéro unique. Si l'oiseau est repris ailleurs ou plus tard, on connaît son trajet. En France, ce travail est organisé par le Centre de recherches sur la biologie des populations d'oiseaux (CRBPO), au sein du Muséum national d'histoire naturelle, et réalisé par des bagueurs agréés.

Pour la bécasse, la capture se fait la nuit, dans les prés où elle se nourrit : les bagueurs repèrent les oiseaux au faisceau d'une lampe et les capturent à l'aide d'un grand filet à main. L'oiseau est mesuré, pesé, bagué, puis relâché sur place. Les bécasses baguées reprises ensuite renseignent sur la durée de vie, la fidélité au site d'hivernage et l'origine géographique.

Compter sans voir

Le suivi des populations s'appuie sur plusieurs approches complémentaires, qui n'aboutissent pas à un même chiffre :

  • Les comptages nocturnes. En hiver, des observateurs parcourent à pied ou en voiture des prairies connues et notent les oiseaux sortis se nourrir. On obtient un indice, pas un total.
  • Le comptage des croules. Au printemps, on compte les passages de mâles au crépuscule depuis des points fixes. Il renseigne sur les nicheurs, mais un mâle peut passer plusieurs fois, ce qui complique l'interprétation.
  • L'étude des ailes. Les ailes de bécasses récoltées chaque saison permettent d'estimer la proportion de jeunes de l'année, donc le succès de la reproduction.
  • Le suivi individuel. Des balises légères permettent d'enregistrer les déplacements d'oiseaux isolés, de leurs sites d'hivernage à leurs régions de reproduction.

Ces données sont réunies par le Réseau Bécasse, coordonné par l'Office français de la biodiversité avec de nombreux partenaires locaux.

Ce que l'on sait, ce que l'on ignore

On sait assez bien

  • que beaucoup de bécasses hivernant en France viennent du nord et de l'est de l'Europe ;
  • qu'un oiseau revient souvent au même secteur d'hivernage ;
  • qu'elle s'alimente de nuit dans des sols meubles ;
  • que la reproduction en France concerne surtout l'est du pays et les massifs de montagne ;
  • que l'espèce n'est pas considérée comme globalement menacée à l'échelle mondiale.

On sait mal, voire pas du tout

  • le nombre exact de bécasses en Europe, les estimations étant très larges ;
  • l'évolution précise des effectifs sur le long terme, qui varie selon les méthodes ;
  • le détail des routes et des haltes de migration, année par année ;
  • la part exacte des oiseaux nicheurs sédentaires en France ;
  • l'effet réel du changement climatique et de l'évolution des forêts sur ses déplacements.

Une espèce suivie aussi par les prélèvements

La bécasse est une espèce chassable en France, ce qui a une conséquence scientifique : les carnets de prélèvement et la récupération des ailes fournissent des données précieuses, par exemple sur la proportion de jeunes. Un prélèvement maximal autorisé par chasseur est fixé au niveau national, et les chasseurs sont invités à renvoyer les bagues des oiseaux qu'ils prélèvent. Ce site ne traite pas de la chasse, mais ces données font partie de ce que la science utilise pour suivre l'espèce.

Participer à la connaissance

Un naturaliste amateur peut contribuer, sans déranger l'oiseau : en transmettant ses observations de croule à une association locale, en participant à un comptage encadré, ou en signalant une bague lisible sur un oiseau trouvé mort, en notant le numéro et le lieu. Le numéro d'une bague se signale au CRBPO. Dans tous les cas, indiquez la commune, jamais l'emplacement précis d'un nid.

Pourquoi cette prudence ? La localisation exacte d'une espèce rare et discrète, dont les nids sont presque introuvables, ne doit pas circuler. C'est la règle suivie par les bases de données naturalistes.

Sources et pour aller plus loin